Sur la campagne d’acquisition géophysique, avec passage de camion vibreurs : 

 

1.   Ce type de campagne d’exploration est-il courant? 

Récemment, des campagnes d’exploration pour identifier les endroits les plus favorables au développement de la géothermie profonde ont eu lieu en Suisse, aux Pays-Bas, en Belgique, au Luxembourg et également en France à des échelles plus restreintes, comme à Toulouse ou à Douai par exemple. Donc oui, ce type de campagnes sont courantes et les techniques utilisées éprouvées et bien encadrées par la règlementation. C’est aussi parce que c’est un moment particulièrement favorable au développement de la géothermie (voir Q3).

2.   Des campagnes similaires ont déjà eu lieu en Île-de-France, pourquoi en refaire ?

En effet, entre les années 70 et 90, plusieurs campagnes ont été menées en Île-de-France et plus largement dans les différents bassins sédimentaires français. Cependant, ce n’était pas la ressource géothermale qui était recherchée, mais des hydrocarbures. Si cela a contribué à améliorer les connaissances sur le sous-sol, les « cibles » exploratoires et les informations recherchées à cette période étaient parfois différentes des « cibles » géothermales. En particulier, les « pièges » pour les hydrocarbures qui étaient recherchés se situent généralement dans des formations géologiques plus profondes que celles que l’on étudie pour la géothermie. Ainsi, les cibles géothermales ne sont pas toujours imagées avec précision. 
Les technologies de recherche se sont aussi améliorées depuis et permettent d’obtenir des images du sous-sol plus précises. 
Refaire des campagnes s’avère donc parfois nécessaire pour mieux cibler l’exploration en fonction de ce que l’on recherche et améliorer la précision des résultats.

3.   Pourquoi une campagne maintenant ? 

Plusieurs éléments se conjuguent :
-   L’urgence de l’adaptation au changement climatique ;
-   Un contexte d’augmentation et/ou d’instabilité des prix des énergies conventionnelles (pétrole, gaz, électricité) ;
-   Un besoin accru de souveraineté énergétique dans le contexte géopolitique actuel.
La géothermie offre des réponses à chacun de ces points :
-   C’est une énergie décarbonée et durable (voir Q19) ;
-   Elle demande un investissement important au départ (CAPEX) mais présente ensuite des coûts d’exploitation stables et réduits (OPEX). Ce coût maîtrisé se répercute sur les factures énergétiques des habitants raccordés aux réseaux de chaleur alimentés par la géothermie ;
-   C’est une ressource locale. Issue du territoire elle est valorisée en proximité.  
Le contexte est donc très favorable au développement de la géothermie. Et ce développement demande de connaître le sous-sol, ce à quoi s’emploie la campagne d’exploration Géoscan.

4.   Comment ont-été choisi les lignes de passage des camions? 

Fruit d’un travail de précision, le tracé des lignes de passage des camions vibreurs a été dessiné en fonction :
-   Des incertitudes géologiques à lever ;
-   Des zones de développement souhaité de la géothermie déjà identifiées, notamment par les collectivités ;
-   Des zones non couvertes par des campagnes passées ;
-   de contraintes pratiques au passage des camions.

5.   Pourquoi ne faut-il pas toucher aux boitiers ?

Les boitiers orange sont des capteurs (« géophones ») qui mesurent  les réflexions par le sous-sol des vibrations générées par les camions-vibreurs . Si des capteurs manquent le long du tracé, moins de données seront récoltées car les camions ne passent qu’une fois sur chaque point à vibrer. La qualité et la fiabilité des résultats seront altérées. Plus d'informations sur une campagne d'acquisition géophysiques avec le passage de camion vibreur sur cette page dédiée.

6.   Quelles nuisances peuvent provoquer les vibrations des camions sur les bâtiments ?

Lorsque les vibrations restent dans les limites définies par les normes (APAVE), elles n’ont pas d’impact sur les bâtiments. Les camions ont un programme de vibration défini en fonction des zones de la ville et des bâtiments rencontrés. Il y a des distances de sécurité en fonction de la zone d’acquisition et chaque vibration est surveillée par une personne munie d’un appareil de mesure placé près des constructions les plus proches. 
Les vibrations générées par les camions vibreurs sont régies par les mêmes règles que celles qui s’appliquent par exemple aux chantiers de construction. L’amplitude des vibrations sera du même ordre que celles induites par un compacteur vibrant lors de travaux. La durée sera toutefois plus courte, moins d’une minute. Ces opérations seront menées dans le strict respect des normes environnementales, notamment en matière de protection des sols.

7.   Quelles nuisances peuvent provoquer les vibrations des camions sur les réseaux en sous-sol (gaz, électricité, eau, télécommunication, internet)?

Tenir compte des réseaux en sous-sol est une exigence réglementaire. Les informations pour les identifier et les localiser sont récoltées auprès des différents gestionnaires et fournisseurs. Cela permet de définir des distances de sécurité en fonction du type de conduites (type de réseaux + matériaux utilisés). En plus de la distance de sécurité, il est aussi possible de baisser l’amplitude des vibrations, si nécessaire.

8.   Quelle va être l’effet sonore dans la zone sondée ?

Un camion-vibreur émet un bruit comparable à celui d’une benne qui collecte les ordures ménagères. L’émission des ondes par le camion est de courte durée (environ 1 minutes tous les 10 mètres) et le bruit perçu dépend de la distance à laquelle on se trouve de l’opération. A un point donné en zone urbaine, l’effet sonore ne devrait pas dépasser 15 minutes.

9.   Quel est l’impact sur le trafic routier ?

L’acquisition se fera de nuit et donc en dehors des heures de pointe du trafic. Il est probable que le passage des camions ralentisse la circulation en ville, voire hors agglomération. Une équipe sur place veillera à la sécurité des opérations, au contrôle et à la fluidité du trafic. Les communes et leurs services techniques sont associés à la planification des opérations et à leur déroulement pour en minimiser les impacts. A ce titre, des annonces seront diffusées par les services communaux en amont des passages des camions.

10.   Quel est l’impact ressenti par les êtres humains et les animaux ?

En termes de ressenti, à proximité d’un camion-vibreur, on peut percevoir des vibrations au niveau du sol, en particulier dans les basses fréquences, comme c’est le cas lors du passage d’un camion-poubelle ou d’un tramway. Toutefois, au-delà d’une certaine distance (>10 m), les vibrations deviennent si faibles qu’elles ne sont quasiment plus perceptibles physiquement (cela dépend de la géologie du terrain en surface).
Il n’y a pas eu d’études sur le ressenti des animaux, mais lors des dizaines de campagnes géophysiques réalisées, il n’y a jamais eu de retour de problèmes particuliers alors que des acquisitions ont été réalisées dans des écuries et des centres d’élevage bovin.

11.   Pourquoi faire l’acquisition la nuit ? 

Cela permet de profiter du calme nocturne, avec un double objectif : 
-   La circulation routière étant moins importante que pendant la journée, elle est moins impactée par le passage des camions,
-   La faible activité de la nuit permet des enregistrements de meilleure qualité, grâce à la réduction du bruit environnant (celui de la circulation routière entre autres).

 

 

Sur les résultats de la campagne géophysique et du projet dans son ensemble :

 

12.   Quels seront les résultats de la campagne ? 

Le traitement des signaux enregistrés va permettre de déterminer la géométrie des formations géologiques et les propriétés du sous-sol. Ces données seront intégrées avec d’autres informations géoscientifiques (géologiques, hydrothermiques et géochimiques) et permettront d’identifier les zones les plus favorables au développement de la géothermie profonde dans les territoires étudiés (cartes de potentiel).

13.   A quoi vont servir les résultats ?

Les informations relatives aux données du sous-sol et aux zones favorables pour le développement de la ressource géothermale profonde seront mises à la disposition des collectivités territoriales, des acteurs des territoires et des opérateurs de géothermie. Ces éléments seront cruciaux pour la prise de décision concernant le développement de cette ressource pour l’alimentation de réseaux de chaleur ou des usages industriels ou agricoles. 
Les résultats contribueront également à accroitre globalement la connaissance du sous-sol de ce territoire.

14.   Est-ce que les résultats vont bénéficier à l’ensemble du territoire ? 

L’étude cible l’Ouest et le Sud de la région Île-de-France.
La région dans son ensemble accueille la plus grande concentration européenne d’installations de géothermie profonde, avec plus de 310 000 équivalents-logements chauffés grâce à cette ressource, évitant le rejet de plus de 400 000 tonnes de CO2 par an par rapport à des chaufferies gaz. Les installations de géothermie profonde sont cependant moins répandues dans l’Ouest et le Sud de la région, en partie parce que le sous-sol est moins connu. C’est la raison pour laquelle cette campagne va spécifiquement bénéficier à cette zone.

15.   Est-ce que les informations récoltées peuvent servir à d’autres choses qu’au développement de la géothermie ? 

Les campagnes d’acquisition géophysiques sont un moyen d’acquérir des connaissances sur le sous-sol de façon indirecte, sans avoir à réaliser de forages. Elles peuvent être réalisées à différentes fins et sont adaptées à ce que l’on cherche. Comme on l’a vu (voir Q2), les campagnes effectuées dans les années 80 pour la recherche d’hydrocarbures, ont fourni des informations précieuses, qui peuvent être utiles pour la géothermie mais doivent être complétées. On peut penser qu’il en sera de même avec les connaissances acquises lors de cette campagne. Elles augmenteront globalement la connaissance du sous-sol et devraient peut-être être complétées si on voulait, par exemple, étudier des possibilités de stockage de chaleur.

16.   Combien de temps faudrait-il pour que cela débouche sur la création d’une installation de géothermie ? 

Des projets d’installations sont déjà en cours sur le territoire, et cette campagne et les résultats qui en découleront visent en faire naître de nouveaux. De façon globale, il faut compter entre 4 et 6 ans entre le moment où émerge le projet et celui où l’installation est réalisée (études, financement, permis, travaux). 

 

 

Sur la géothermie : 

 

17.   Certaines installations de géothermie sur le territoire dans les années 80 n’ont pas fonctionné. Pourquoi est-ce que ce serait aujourd’hui diffèrent ? 

Quelques installations dans les années 80-90 ont connu des difficultés techniques dues à des phénomènes de corrosion et de dépôt affectant les tubages à l’intérieur des forages en raison de la qualité du fluide exploité. L’expérience acquise par la suite a permis à la profession de tirer des leçons. Elle a mis en place des méthodes correctives pour les opérations en difficultés et des moyens de prévention pour les nouvelles installations, favorisant ainsi la durée de vie des opérations. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, les acteurs du secteur croient au potentiel de développement de cette zone et l’étudient, avec le projet Géoscan.

18.   Quel impact aurait pour le territoire la création d’une installation de géothermie ? 

Ce serait d’abord de pouvoir disposer d’une énergie décarbonée, à un prix stable et maîtrisé. Le coût médian en sortie de centrale de production de la géothermie profonde est de 38 € HT/MWh d’après l’ADEME. Une installation permet d’éviter jusqu’à 15 000 tonnes de CO2 par an. 
Les aspects négatifs lors de la création d’une installation sont en général liés aux nuisances pendant les travaux de forage qui durent environ 3 mois et engendrent un peu de bruit et une circulation routière plus importants que la normale autour de la zone des travaux. Des mesures compensatoires peuvent être adoptées pour limiter ces impacts (mur anti-bruit, foreuse électrique, etc.). Une fois cette phase de travaux achevée, la centrale fonctionne en silence et ne nécessite pas d’approvisionnement qui engendrerait une circulation supplémentaire. Mobilisant un espace restreint, elle s’intègre bien au paysage.

19.   La géothermie est-elle vraiment une énergie renouvelable ?

Cela renvoie à plusieurs questions :

  •  La géothermie est-elle une énergie décarbonée ?

La géothermie utilisée pour alimenter un réseau de chaleur est 240 fois moins carbonée que du gaz naturel (part géothermie, base de données empreinte carbone ADEME). La géothermie couvre en règle générale environ 70 % des besoins d’un réseau de chaleur. En période de forts besoins (grands froids), un appoint est apporté à partir de gaz naturel.

  • La géothermie est-elle respectueuse des écosystèmes et de la biodiversité ? 

Les puits et leur exploitation ne perturbent pas la vie végétale ou animale, rare dès que l’on pénètre le sous-sol. La réglementation impose que les aquifères environnants soient protégés, surtout s’il s’agit de source d’eau potable. La géothermie profonde est donc respectueuse de l’environnement.

  • L’exploitation de la géothermie est-elle viable dans le temps (durable) ?

Le principe du doublet de géothermie est que l’on prélève un fluide chaud, par le biais d’un puits de production, pour valoriser ses calories et que l’on réinjecte ce même fluide refroidi, par un puits de réinjection, dans l’aquifère dans lequel il a été initialement prélevé. Sur la durée, la réinjection d’une eau plus froide entraine l’apparition d’une « bulle froide » qui pourrait entrainer un refroidissement du fluide chaud prélevé au niveau du puits de production. Ce phénomène est étudié en amont de la réalisation du forage puis surveillé durant l’exploitation de façon à être retardé. La distance entre les puits de production et de réinjection est dimensionnée à cet effet. Elle prend en compte les paramètres du sous-sol et s’inscrit dans un cadre réglementaire. La durée d’exploitation d’un site est estimée à 50 ans. A sa fermeture, la ressource se réchauffera naturellement sur le temps long.

20.   Si un projet de géothermie se développe, y-a-t-il un risque sismique ? D’autres risques ou nuisances ? 

Ce risque est très faible et n’a jamais été observé en contexte sédimentaire sans activité tectonique, tel que la géothermie alimentant des réseaux de chaleur se pratique en France. 
Une seule opération française, menée au nord de Strasbourg, à 5 km de profondeur, avait provoqué une sismicité ressentie en surface, en raison d’opérations de stimulation mal maîtrisées par l’opérateur. Cela a donné lieu à la production d’un guide de bonnes pratiques que doivent suivre les opérateurs.

21.   Géothermie profonde, géothermie très profonde, géothermie de surface… il existe plusieurs géothermies ?

En effet ! On mobilise la chaleur de la terre en fonction des usages que l’on veut en faire : chauffer ou rafraichir une maison, chauffer un quartier, produire de l’électricité… Cela n’implique pas le même type d’installations. Celles qui pourraient être développées grâce aux résultats de Géoscan sont les premières sur ce schéma, qui produisent de la chaleur et de l’eau chaude sanitaire, pour les réseaux de chaleur ou directement pour les usages industriels ou agricoles.

panorama des usages de la géothermie
Panorama des usages de la géothermie © ADEME-BRGM